Le bon, le diable et le bon diable

Il n’y a pas de western ici, juste un stade, une VAR capricieuse et beaucoup d’hommes très sérieux qui n’aiment pas qu’on dérange l’ordre établi.

Hier soir, finale de la CAN TotalEnergies Maroc 2025. Le Sénégal se voit refuser un but discutable sans VAR. Deux minutes plus tard, un penalty est accordé contre lui après VAR, alors que la première décision était… de ne pas l’accorder. Je ne cherche pas à savoir qui a raison. Ce débat-là est sans fin et souvent sans gagnant. Ce qui m’intéresse, c’est autre chose : que se passe-t-il quand quelqu’un décide de ne plus avaler l’injustice avec de l’eau ?

Le sélectionneur sénégalais a pété un câble. Officiellement, c’est mal. Officieusement, c’est très mal vu. Institutionnellement, c’est presque un crime. Moralement, ça dépend de quel côté du micro vous parlez.

Le bon : celui qui respecte le cadre

Dans cette histoire, le “bon”, c’est celui qui apaise. Celui qui ramène les joueurs sur le terrain. Celui qui permet au match de continuer, au spectacle de reprendre, au business de tourner. Sadio Mané, en leader responsable, a fait exactement ce que le système attend d’un héros moderne : calmer la colère, préserver l’image, sauver la vitrine.

Résultat : pluie d’éloges.
Parce que le bon, c’est celui qui ne casse pas le décor, même si les murs sont fissurés.

Le diable : celui qui dérange

Le coach sénégalais, lui, a choisi l’autre option. Celle qu’on n’enseigne pas dans les séminaires de gouvernance. Il a dit, par son geste : “Là, ce n’est plus acceptable.”
Et immédiatement, il est devenu le problème.

Plus personne ne parle vraiment de l’arbitrage décrié pendant toute la compétition, souvent en faveur du même camp.
Plus personne ne parle des conditions hors terrain :

·        pas de sécurité à l’aéroport,

·        pas d’accès aux meilleurs hôtels,

·        terrain d’entraînement servant de QG à l’adversaire,

·        billets majoritairement réservés à un seul public.

Non. Le sujet devient : le comportement du coach. Classique. Quand le fond dérange, on attaque la forme.

Et pourtant, son “coup de sang” a produit un effet immédiat : renversement psychologique. L’équipe supposément avantagée a vacillé. Brahim Diaz rate son penalty. Exprès ou pas, peu importe. L’avantage moral venait de changer de camp. Comme quoi, le diable n’est pas toujours inutile.

Le bon diable : celui qu’on déteste aujourd’hui et qu’on sanctifie demain

C’est là que l’histoire devient intéressante. Parce que le “bon diable”, c’est souvent celui qui a d’abord servi le système avant de le défier. Ça vous rappelle quelqu’un au Cameroun?

Et c’est toujours pareil.
Quand vous êtes dans le rang, on vous respecte.
Quand vous sortez du rang, on vous tolère.
Quand vous dénoncez le rang, on vous diabolise.
Et parfois, longtemps après, on vous érige en martyr.

Ironie cruelle : ceux qui bénéficient de la libération ne sont pas toujours reconnaissants. Bien souvent, c’est l’ancien oppresseur qui, avec le recul, transforme son profanateur d’hier en héros romantique. À condition, bien sûr, qu’il ait souffert. Beaucoup. Ou mieux : qu’il soit mort.

Personne ne veut devenir martyr.


27 ans de prison, un assassinat, une vie brisée… tout ça pour entrer dans les manuels scolaires. À croire qu’il faut vraiment mourir avant d’aller au paradis. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’on dit martyriser. Le mot lui-même sent la douleur avant la gloire.

Dieu, le diable… et la facture

Il existe un proverbe béninois que j’aime beaucoup :
« Si tu ne veux pas dépenser pour Dieu, tu vas dépenser pour le diable. »

Traduction simple : si vous ne faites pas ce qu’il faut, quand il faut, correctement, vous finirez par le faire sous la contrainte, et à un prix qui vous déplaira.

Appliqué à cette CAN, ça donne ceci :
Si les opprimés ne “dépensent pas pour Dieu” — se plaindre, s'offuquer — elles finiront par “dépenser pour le diable” : perdre une finale.

Le coach sénégalais, lui, a accepté de payer tout de suite (un peu tard pour d'autres pays). Mauvaise image, possibles sanctions, solitude du dissident. Mais parfois, demander pardon coûte moins cher que demander la permission. Comme dirait ma mère.

Et au milieu de tout ça… les marques regardent

Ah que j'imaginais leurs dents serrées... celles de Motsepe (le pauvre, il vient d'augmenter les revenus de la CAN de 90%)...
Au fond, en fait, le football moderne n’est plus seulement un sport : c’est un écosystème de marques vivantes:

Le coach sénégalais, dans son coup de sang, a incarné une marque de rupture. Inconfortable, risquée, clivante. Le genre de marque qu’on n’aime pas tout de suite, mais qu’on respecte plus tard. Celle qui accepte de perdre en capital sympathie pour gagner en cohérence.

Sadio Mané, lui, a renforcé une marque de consensus. Responsable, rassurante, compatible avec le système. Une marque premium, bien notée par les institutions, parfaite pour les affiches, les hommages et les discours officiels.

Les instances (CAF, Etat...), marques institutionnelles, enfin, ont fait ce que font toutes les marques dominantes quand leur récit vacille : elles ont protégé l’image avant la justice. Elles ne cherchent ni héros ni martyrs, mais de la continuité, des images maîtrisées, un récit sans aspérités. Elle ne punit pas toujours l’injustice, elle sanctionne surtout ce qui l’expose. La dissidence la met en danger, l’apaisement la rassure. Et dans cette logique, ce qui compte n’est pas ce qui est juste, mais ce qui reste diffusable. Parce qu’en branding comme en politique, le plus grand risque n’est pas d’avoir tort, mais de donner l’impression de perdre le contrôle.

La vérité, c’est que personne ne sort de ce match neutre.
Chaque geste a renforcé ou fragilisé une perception.
Et dans ce monde-là, qu’on le veuille ou non, on ne gère pas seulement des équipes ou des compétitions, on gère des réputations.

Alors, subversion ou soumission ?

La subversion a des avantages : elle révèle, elle secoue, elle redonne de la dignité.
Elle a des inconvénients : elle isole, elle expose, elle salit la réputation.

Le compromis rassure, mais il entretient souvent les déséquilibres.
Le silence apaise, mais il légitime.

Au fond, le sport n’est qu’un miroir. On y retrouve exactement les mêmes mécanismes que dans la société :

·        ceux qui calment sont récompensés,

·        ceux qui dénoncent sont punis,

·        et l’histoire, plus tard, décide qui était fou et qui avait raison.

Pape Thiaw a peut-être perdu la bataille de l’instant.
Mais il a rappelé une chose essentielle : l’ordre n’est pas toujours synonyme de justice.

Et parfois, entre le bon, le diable et le bon diable, le vrai danger… c’est de ne rien être du tout.

Viens on parle de ce que tu es, de l'expression de ta marque:

·         ici cestgervais@gmail.com 

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et je t’aide à trouver les bons mots, les bons silences, et le bon équilibre entre les deux.

Cheers!

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